Participants : Claude Samson,
Pascal Morin, David Lizarraga-Navarro.
Mots clés : système holonÔme, système
non-holonÔme, bras manipulateur, robot mobile, robot à pattes
.
Les mécaniques de robots sont généralement conÇues en
fonction des applications et tâches auxquelles on les
destine. Une première classification permet de distinguer
trois grandes catégories, à savoir i) les bras
manipulateurs, avec une forte représentation en milieu
manufacturier dans les domaines de l'assemblage et de la
manutention, ii) les robots mobiles sur roues, dont
la mobilité permet d'aborder des applications plus
diversifiées (robotique manufacturière, mais aussi de service
et de transports), et iii) les robots à pattes, dont
la complexité et l'étude plus récente et inachevée expliquent
qu'ils soient encore largement cantonnés aux expérimentations
de laboratoire. Cette classification, bien qu'usuelle, ne
suffit pas à entièrement rendre compte de la variété des
mécanismes robotiques. Il faudrait par exemple y ajouter tous
les mécanismes hybrides, résultant de l'association bras
manipulateur/base mobile, ainsi que les véhicules marins
(navires de surface et sous-marins) et les véhicules aériens
(drônes, dirigeables) robotisés.
Chaque catégorie de robots induit des caractéristiques de
mouvement ainsi que des problèmes de commande spécifiques.
Les formalismes mathématiques (de Newton,
d'Euler-Lagrange,...) universellement utilisés pour écrire
les équations de la dynamique, génériquement
non-linéaires, de ces systèmes sont classiques et
relativement bien maîtrisés. À ce niveau, les différences
entre bras manipulateurs et véhicules sur roues résultent
principalement de l'existence de deux grands types de
liaisons cinématiques. De faÇon générale, ces
liaisons (ou contraintes) sont exclusivement
holonÔmes, c'est-à-dire complètement intégrables,
dans le cas des bras manipulateurs, alors que la liaison
roue-sur-plan qui caractérise les robots mobiles est
non-holonÔme (i.e. non complètement intégrable).
Pour cette raison, il est usuel de dire que les bras
manipulateurs sont des systèmes mécaniques holonÔmes, et que
les robots mobiles (sur roues) sont non-holonÔmes. Une
propriété structurelle immédiate d'un mécanisme holonÔme est
l'égalité de la dimension de l' espace de
configuration et du nombre de degrés de liberté
(i.e. la dimension de l'espace des vitesses instantanées) du
système. Le fait que la dimension de l'espace de
configuration d'un système non-holonÔme soit, quant à elle,
strictement supérieure au nombre de degrés de liberté est, de
faÇon bien compréhensible, source d'une plus grande
difficulté à commander ce type de système.
L'application de théorèmes classiques de géométrie
différentielle, repris dans le cadre de la Théorie de la
Commande, permet toutefois de déduire une propriété
fonctionnelle importante, commune aux deux types de systèmes
lorsque ceux-ci sont complètement actionnés (i.e.
possèdent un actionneur par degré de liberté), à savoir la
propriété d'être localement commandables en temps
petit en tout point de l'espace d'état. Il s'agit d'une
propriété de commandabilité forte, puisqu'elle
signifie essentiellement que tout point voisin peut être
atteint en un temps arbitrairement court --à condition de ne
pas imposer de limitations sur les actionneurs-- tout en
maintenant l'état transitoire du système dans le voisinage du
point initial.
Le cas de systèmes sous-actionnés, pouvant
correspondre à un fonctionnement nominal pour lequel la
stabilité naturelle de certaines composantes de l'état (le
roulis d'un navire, par exemple) permet de faire l'économie
d'un ou plusieurs actionneurs, ou encore à un mode de
fonctionnement dégradé (panne d'actionneur), est beaucoup
plus complexe, et a jusqu'à présent résisté aux tentatives
--encore peu nombreuses, il est vrai-- de classification
basée sur les différentes notions de commandabilité. Tout
juste est-il possible de dire que certains de ces systèmes
restent commandables dans le sens évoqué précédemment, alors
que d'autres perdent cette propriété tout en étant
commandables en un sens plus faible, et que d'autres encore
deviennent non commandables.
La commandabilité d'un système robotique complètement
actionné n'implique pas pour autant que la synthèse de lois
de commande appropriées soit simple. Le cas le plus favorable
est celui des bras manipulateurs holonÔmes dont les équations
sont linéarisables par retour d'état statique. Cette
propriété permet de dire que ces systèmes sont «faiblement»
non-linéaires. La transposition des techniques classiques de
commande des systèmes linéaires, pour la réalisation
d'objectifs de commande élémentaires (tel que le suivi de
trajectoire articulaire), constitue une alternative viable,
d'ailleurs largement utilisée dans la pratique. A contrario,
le modèle linéarisé d'un robot mobile non-holonÔme, déterminé
en une configuration d'équilibre quelconque, n'est pas
commandable. La linéarisation des équations de ce robot par
retour d'état dynamique, lorsqu'elle est possible, présente
toujours aussi des singularités aux points d'équilibre. Le
point peut-être le plus marquant, par ses implications sur
les plans pratique et théorique, est qu'il n'existe pas de
retour d'état continu, fonction uniquement de l'état du
système, capable de stabiliser asymptotiquement une posture
désirée. Il souligne le caractère fondamentalement
non-linéaire de ce type de système et la nécessité de
recourir à des techniques de commande se démarquant
profondément des méthodes classiquement utilisées dans le
cadre des systèmes linéaires ou linéarisables.
Le cas des robots à pattes, et de la locomotion articulée
en général, est encore très différent en ce que ces systèmes
échappent, pour la plupart, à la classification
holonÔme/non-holonÔme évoquée précédemment. Leur mise en
équations requiert de décomposer le mouvement en plusieurs
phases (selon le nombre de pattes en appui sur le sol).
Celles de vol balistique (lorsqu'aucune patte ne touche le
sol) impliquent souvent des liaisons non-holonÔmes de par la
conservation du moment cinétique, ainsi que la modélisation
de phénomènes d'impact intervenant aux instants où une patte
rencontre le sol. L'analyse du fonctionnement de ces systèmes
mécaniques est étonnamment complexe, même pour les plus
simples d'entre eux (tels que le compas --bipède-- marcheur
et le monopode --unijambiste-- sauteur). Elle augmente encore
à mesure que l'on cherche à pousser la correspondance entre
certains fonctionnements nominaux de ces systèmes et les
allures des systèmes biologiques (telles que la
marche, la course, le trot, le galop,...) de structure
comparable. Il est maintenant communément admis, bien
qu'imparfaitement compris, que l'existence de telles allures
(pseudo-périodiques), et les mécanismes de transition entre
elles, sont étroitement liés à des considérations de
consommation énergétique. Dans cette optique, la commande a
pour rÔle premier «d'identifier» les trajectoires pour
lesquelles cette consommation est minimale, et de les
stabiliser.
Un des objectifs de recherche du projet
ICARE est de faire progresser les solutions de
commande de ces différents systèmes robotiques. Cette
recherche est fédératrice de collaborations (passées,
présentes, et futures) avec plusieurs projets de l'Inria :
les projets MIAOU (Jean-Baptiste Pomet), et
BIP (Bernard Espiau), en particulier.