Sous-sections
Participants : Patrick Rives,
Jean-Jacques Borrelly, Alessandro Corrêa-Victorino.
Mots clés : planification et commande
référencée capteur, carte de visibilité, réactivité et
navigation sûre d'un robot mobile, localisation, capteur de
vision et de télémétrie, coopération multisensorielle
.
Résumé :
La problématique de la navigation et du pilotage
d'engins dits autonomes ou semi-autonomes, longtemps
cantonnée au domaine de la robotique d'intervention,
s'ouvre aujourd'hui vers de nombreux autres champs
applicatifs : transport, véhicules individuels, drÔnes
aériens ou engins sous-marins d'observation... Dans tous
les cas, il s'agit de faire évoluer des systèmes de faÇon
sûre dans des environnements imparfaitement connus en
contrÔlant les interactions entre l'engin et son
environnement. Ces interactions peuvent prendre différents
aspects : actions de la part du robot (se positionner
par rapport à un objet, manoeuvrer pour se garer ...),
réactions vis-à-vis d'événements provenant de
l'environnement (éviter des obstacles, poursuivre une
cible...). Le degré d'autonomie et de sureté du système
réside dans la capacité de prendre en compte ces
interactions à tous les niveaux de la tâche. En premier
lieu, lors de la planification de la tâche, cela se fera
par l'acquisition, la modélisation et la manipulation des
connaissances sur l'environnement et sur la tâche. Enfin,
durant l'exécution, il s'agira d'exploiter les données
perceptuelles pour adapter au mieux le comportement du
système aux conditions de la tâche qu'il réalise.
La modélisation d'environnement en vue de la planification
des actions est un thème majeur en robotique [Lac97] . Il se décline en de nombreuses
variantes suivant la connaissance a priori dont on
dispose : d'une connaissance complète permettant la
planification hors ligne de la tâche jusqu'à une absence
totale de connaissance nécessitant une acquisition en ligne
du modèle durant une phase d'exploration. On a coutume de
distinguer différentes problématiques en fonction du but de
la perception : i) percevoir pour planifier un
déplacement, ii) percevoir pour se localiser. Dans le premier
cas, on fera une distinction supplémentaire entre la
construction de modèles géométriques destinés à la
planification de trajectoires continues libres
d'obstacle et la construction de modèles topologiques
destinés à la planification de chemins dont l'ensemble
constitue le graphe des points de passage permettant d'aller
d'un lieu à un autre. Pour ce qui est des modèles
géométriques, ils seront fréquemment réduits, dans le cas
d'environnements d'intérieurs, à une représentation
polygonale des obstacles obtenue grâce à un balayage
horizontal d'un télémètre (laser ou ultrason). Malgré cette
apparente simplicité, la construction et la mise à jour de
tels modèles demeurent difficiles, notamment au niveau de la
gestion des incertitudes lors de la fusion de plusieurs
acquisitions durant le déplacement du robot. Les modèles
topologiques sont des représentations plus abstraites pouvant
être construites par une structuration des modèles
géométriques (segmentation en régions connexes définissant
des lieux). Leur utilisation ouvre sur une autre
problématique qui est la recherche et la reconnaissance des
points de passage entre différents lieux (par exemple des
portes dans une scène d'intérieur) à l'aide de techniques de
reconnaissance des formes, telles celles décrites dans la
section 3.3.2.
Dans le cas de la perception dans un but de localisation,
la problématique est un peu différente. Il s'agit alors de
maintenir une estimée de l'état du robot, (en général, sa
position et son orientation) durant son déplacement. Les
techniques utilisées sont celles du filtrage. Afin de
compenser les dérives introduites par la plupart des capteurs
proprioceptifs (odomètres, centrales inertielles...), la
majorité des approches, qualifiées d'hybrides, utilise des
données acquises sur l'environnement par le biais de capteurs
extéroceptifs pour effectuer un recalage sur des structures
caractéristiques de la scène (amers). La mise en oeuvre de ce
type d'approche soulève de nombreux problèmes quant à la
sélection, l'extraction fiable et l'identification de ces
amers dans le cas d'environnements non connus a priori. Les
approches que nous développons s'appuient sur deux
idées : i) faire coopérer au mieux les différentes
modalités sensorielles (proprio et extéroceptives), ii)
utiliser des lois de commande référencée capteurs pour
imposer des contraintes sur les problèmes de localisation et
de modélisation géométrique et, de ce fait, les rendre mieux
conditionnés.
De même qu'il est important de prendre en compte le
processus de perception très tÔt au niveau de la
planification de la tâche, il est tout aussi indispensable de
contrÔler l'interaction entre le robot et son environnement
lors de son exécution [Riv97]. Cela se traduit par la prise en compte
explicite d'informations perceptuelles, d'une part, dans la
constitution de boucles de commande robustes (aspect continu)
et, d'autre part, dans la détection d'événements externes
nécessitant une modification du comportement du système
(aspect réactif). Dans les deux cas, il s'agit de pouvoir
robustifier le comportement du système face à une certaine
variabilité des conditions d'exécution de la tâche. Cette
variabilité peut provenir d'erreurs de mesures ou de modèle
dues aux capteurs ou aux systèmes commandés, mais elle peut
également provenir de l'environnement qui peut être mal connu
ou incertain. Au niveau des lois d'asservissement, il s'agit
de synthétiser des schémas de commande en boucle fermée sur
les informations perceptuelles traduisant au mieux les
objectifs de la tâche. L'utilisation de lois de commande
référencées capteurs et du formalisme des fonctions de tâche
permet de traduire ces objectifs en termes de régulation
d'une fonction de sortie qui pourra, suivant la tâche, être
exprimée soit dans l'espace de configuration du système
commandé soit, directement, dans l'espace de perception.
L'aspect réactif vis-à-vis d'événements extérieurs perturbant
le déroulement de la tâche requiert, d'une part, la détection
de ces événements et, d'autre part, d'associer à leur
détection un nouveau comportement du système. Dans le cas de
la perception, ces deux aspects peuvent être élégamment
réalisés en utilisant le formalisme des capteurs
logiques introduits par Henderson.
Un axe de recherche est consacré à l'analyse et la
synthèse de lois de commande référencées capteurs. Les
formalismes utilisés (fonctions de tâche, liaisons
virtuelles) permettent de définir ces lois à tous les niveaux
de la spécification jusqu'à l'implémentation effective. En
associant à ces lois de commande un comportement logique, il
est alors possible de définir des actions élémentaires
référencées capteurs (par exemple, suivi de mur) pouvant
être manipulées au niveau de la planification tout en
garantissant une bonne robustesse au niveau de l'exécution.
La généricité des formalismes permet d'envisager leur
application à différents capteurs utilisés en robotique
(odométrie, capteurs d'effort, centrale inertielle,
proximétrie, vision locale,...).