Sous-sections
Participants : Patrick Rives,
Jean-Jacques Borrelly, Alessandro Corrêa-Victorino.
Mots clés : planification et commande
référencée capteur, carte de visibilité, réactivité et
navigation sûre d'un robot mobile, localisation et
cartographie, capteur de vision et de télémétrie, coopération
multisensorielle .
Résumé :
Nous avons poursuivi cette année nos travaux sur la
navigation sûre d'un robot mobile dans un environnement
inconnu mais structuré. Cette thématique comprend deux
volets : i) l'acquisition des modèles de
l'environnement nécessaires à la navigation du robot, ii)
la génération et l'exécution de déplacements sûrs. Il est
maintenant communément admis qu'un robot mobile ne peut
effectuer, sans risque de dérive important, des
déplacements en se basant uniquement sur les données
fournies par ses capteurs d'estime (odomètres, centrale
inertielle). Il est donc crucial de pouvoir borner cette
dérive en utilisant les informations sur l'environnement
fournis par des capteurs extéroceptifs. Deux approches
complémentaires sont étudiées au sein du projet : i)
utiliser ces informations pour se re-localiser et corriger
l'estimée fournie par l'odométrie, ii) utiliser directement
ces informations dans des schémas de commande référencée
capteur pour contraindre le robot à se déplacer sur une
trajectoire libre d'obstacle, caractéristique de la
géométrie de l'environnement et reproductible lors d'une
mission ultérieure.
Dans de nombreuses situations, un robot mobile est amené à
évoluer dans un environnement dont il ne possède pas la carte
a priori. Il faut alors être capable de construire de manière
incrémentale une représentation de l'environnement et, de
faÇon simultanée, maintenir une estimée de la position du
robot à l'intérieur de celle-ci. La difficulté du problème
réside dans le fait que la localisation à l'instant courant
k va devoir être réalisée à
partir des éléments de l'environnement découverts et
reconstruits dans les N
perceptions précédentes et qui restent visibles à l'instant
k. Bien entendu, la
précision de la localisation est d'autant plus grande que
l'étape de reconstruction est fiable. De faÇon duale, les
nouveaux éléments de l'environnement découverts à l'instant
k sont recalés dans le
repère initial à k = 0 en
utilisant la localisation estimée à l'instant k. Une analyse simple de la méthode
montre qu'elle est d'autant plus précise que les éléments de
l'environnement (amers naturels) restent dans le champ de
perception longtemps. Il y aura donc à gérer un équilibre
entre la fonction d' exploration (ie. découvrir le
maximum d'éléments inconnus de l'environnement) et la
fonction localisation (ie. garder le maximum d'amers
connus au cours du déplacement).
Dans le cas de scènes d'intérieur relativement
structurées, l'utilisation de données télémétriques pour
corriger l'estimation fournie par l'odométrie, est désormais
classique. L'année dernière, nous avions montré les limites à
l'utilisation des télémètres à ultrasons malgré l'utilisation
de techniques sophistiquées de filtrage et de rejet des
mesures aberrantes [7]. En dépit d'un certain nombre
d'avantages (faible coût, simplicité de mise en oeuvre...),
ils se révèlent peu adaptés à des tâches de localisation,
principalement du fait de leur faible portée. Leur intérêt en
robotique mobile reste cependant important dans le domaine de
la détection et de l'évitement d'obstacles, où leur champ
large de perception permet de définir un volume de protection
autour du robot. Nous utilisons donc maintenant un télémètre
laser à balayage qui, en nous fournissant des mesures denses
et précises (2000 points pour un balayage panoramique de 360
degrés et environ 1cm de résolution sur 10 mètres de portée
), nous permet de construire une carte globale cohérente de
l'environnement tout en acceptant des déplacements importants
du robot entre deux étapes d'acquisition et de traitement des
mesures qui demeurent coûteuses en temps calcul. La
cartographie incrémentale de l'environnement et la
localisation du robot à l'instant courant sont réalisées dans
un cadre probabiliste permettant de prendre en compte les
erreurs de modèle du robot et les bruits de mesures des
capteurs. Divers modèles ont été testés, dont l'un prenant en
compte la corrélation entre la localisation du robot et la
mise à jour de la carte globale. Les résultats ont montré que
le faible gain obtenu dans la précision ne compensait pas la
complexité et la lourdeur des calculs qu'entraînait la prise
en compte de modèles de bruits corrélés.
La méthode présentée dans la section précédente permet de
cartographier l'environnement et de localiser le robot tout
au long de son déplacement. Pour qu'elle soit exploitable
dans la pratique, il faut être capable de planifier des
trajectoires dans l'espace libre permettant d'explorer
l'environnement inconnu puis, par le biais d'une commande, de
réguler le déplacement du robot le long de cette trajectoire.
Une approche classique consiste à utiliser la représentation
de la carte courante pour planifier une trajectoire
géométrique, puis suivre cette trajectoire au moyen d'une
commande définie dans l'espace cartésien utilisant, par
exemple, un retour odométrique. À cause de l'imprécision dans
l'estimation de la carte et à la dérive odométrique, cette
approche est limitée à de petits déplacements et ne peut en
aucun cas être considérée comme une technique de navigation
sûre du fait qu'elle est en boucle ouverte vis à vis de
l'environnement. En s'appuyant sur nos travaux antérieurs
dans le domaine de la commande référencée capteur [8],[6], nous développons une méthodologie
permettant à un robot mobile d'explorer une scène inconnue a
priori et d'en construire une représentation
complète tout en garantissant une navigation sûre du
robot au sein de cet environnement.
Nous considérons un robot mobile évoluant dans une scène
planaire et statique composée d'objets inconnus. Nous
supposerons cette scène bornée par un ensemble d'objets
appelés frontières. L'objectif est de se déplacer dans
cette scène et d'en construire une représentation partielle
ou complète. Une première étude a porté sur l'existence et la
caractérisation d'un ensemble minimal de trajectoires
permettant l'observation et la reconstruction complète d'une
scène polygonale bornée. Afin d'être compatible avec notre
approche, cet ensemble de trajectoires doit posséder les
propriétés suivantes :
- pouvoir être construit localement durant le déplacement
du robot,
- permettre de se déplacer localement de faÇon sûre dans
l'espace libre au moyen de commandes référencées
capteurs,
- représenter la topologie de la scène globale en termes
de lieux et d'accessibilité (prenant éventuellement en
compte la taille du robot),
- être unique pour un environnement statique donné.
Parmi les représentations possédant de telles propriétés,
nous avons choisi d'utiliser le diagramme de Voronoï (appelé
aussi squelette ou axe médian) qui peut être défini comme le
lieu des centres des disques de rayon minimal tangents aux
obstacles. L'ensemble des trajectoires est décrit par un
graphe dont les arêtes correspondent au lieu du centre des
disques de rayon minimal ayant deux points de tangence avec
les obstacles; les noeuds ou points de bifurcation
correspondent aux centres des disques ayant plus de deux
points de tangence. Cette représentation se révèle
particulièrement adaptée à la navigation des robots mobiles.
Par exemple, si l'on calcule une restriction du diagramme de
Voronoï aux centres des disques de rayon supérieur au rayon
correspondant au disque d'occupation du robot supposé non
ponctuel, on obtient une partition de sous-graphes non
connexes représentant les domaines d'accessibilité du robot.
Cette représentation est également très adaptée à la
construction incrémentale d'une carte de l'environnement,
puisque les points de bifurcation représentent des
changements dans la topologie de la scène (apparition de
nouveaux aspects). Cette propriété sera utilisée
dans notre méthodologie pour réaliser les étapes d'estimation
et de mise à jour de la représentation de l'environnement
uniquement lorsque le robot se trouvera sur un point de
bifurcation [20].
Partant de cette représentation, il est possible de
définir deux actions élémentaires permettant au robot de se
déplacer dans son environnement : i) parcourir une
arête, ii) se positionner sur un noeud. Ces deux actions
élémentaires ont été implémentées en appliquant le formalisme
de la commande référencée capteur au télémètre laser à
balayage dont nous avons équipé notre robot. Il convient de
noter que ces actions sont exprimées en termes de régulation
et ne nécessitent aucun calcul explicite du diagramme de
Voronoi [19]. La construction de celui-ci est réalisée
de manière incrémentale en mémorisant la trajectoire
parcourue par le robot et les noeuds du graphe correspondant
aux points de bifurcation. Dans le cas d'une tâche
d'exploration, une méthode de retour arrière a été
implémentée afin d'explorer les arêtes du graphe dans leur
totalité et obtenir une représentation complète de la scène.
Le travail réalisé cette année a consisté à robustifier les
schémas de commande référencée laser au niveau de
l'extraction des signaux constituant le feedback. Pour ce
faire, nous avons développé une méthode originale de
transformée de Hough probabiliste associée un estimateur
Bayésien du maximum de probabilité a posteriori. Cette
méthode permet de rejeter de faÇon efficace les mesures
aberrantes et de gérer les situations critiques où le
faisceau laser présente un angle d'incidence élevé avec les
objets de la scène. La figure (1 montre la carte
globale de notre salle d'expérimentation estimée par le robot
au cours de son déplacement. Précisons qu'aucune trajectoire
de référence ni aucun modèle de la salle n'ont été fournis au
robot durant sa mission d'exploration.
Figure 1: Navigation réactive et
exploration de scène
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Les résultats expérimentaux montrent que la topologie
complète de la scène ainsi que la contrainte de rigidité de
l'environnement sont préservées dans la carte globale
reconstruite.