Dans ce thème, nous voulons étudier et construire des classes de fonctions, polynômes ou séquences qui augmentent la potentialité des systèmes de codage.
Les fonctions booléennes sont utilisées dans de nombreux systèmes de codage. Ils interviennent par exemple dans les protocoles de chiffrement ou dans la définition de séquences fortement autocorrélées. Leurs propriétés ont surtout été étudiées par les théoriciens des codes, car elles sont étroitement liées aux propriétés des codes cycliques. Il s'agit là d'un des thèmes de recherche importants du projet, qui contribue à sa reconnaissance dans la communauté internationale en théorie des codes et en cryptologie. Le travail se poursuit depuis plusieurs années tant sur le plan strictement théorique que pour répondre à la demande en cryptologie. Cette démarche est précisément décrite par A. Canteaut, dans son exposé pour la 27e École de printemps d'informatique théorique [37].
C. Fontaine a mené une étude exploratoire de la propriété de non linéarité, s'appuyant sur un corpus de fonctions ayant une représentation courte, correspondant à des mots idempotents. Ce corpus, algébriquement très structuré, est aisément manipulable. Les premiers résultats ont montré une bonne distribution des éléments du corpus dans l'ensemble des fonctions booléennes.
L'exploration du corpus des idempotents a permis d'obtenir des
fonctions à m variables
présentant la meilleure non-linéarité connue pour m
15. Certaines
possèdent un spectre de Fourier jusqu'alors inconnu, et donnent
ainsi de nouvelles distributions des poids pour des translatés du
code R(1, m), dont le
poids minimum est maximal. Ces nouveaux spectres correspondent à
des fonctions équilibrées, i.e. dont la sortie est
équidistribuée, qui sont de degré élevé. Elles permettent de
construire des fonctions présentant de plus un ordre de
résilience élevé, qui peuvent être directement utilisées dans
certains générateurs pseudo-aléatoires dédiés au chiffrement à
flot. Ces résultats ont été présentés à deux conférences
internationales dont EUROCRYPT'98 (avec É. Filiol [6]). Un article vient de paraître dans IEEE
Transactions on Information Theory [27]. C.
Fontaine a soutenu sa thèse en Novembre 98 [11].
C. Carlet poursuit un ensemble de travaux sur les fonctions
courbes [40,43]. Il a obtenu avec Ph. Guillot, une
caractérisation univoque des fonctions courbes binaires, la forme
numérique normale (NNF). Celle-ci permet d'exprimer par des
formules explicites le poids et le spectre de Fourier d'une
fonction, de caractériser directement les fonctions courbes, de
déduire de nouveaux invariants affines sur les fonctions
booléennes et d'obtenir des propriétés de divisibilité des poids
des fonctions. Ce travail est présenté au colloque AAECC'13
[39].
Les différentes caractérisations existantes des fonctions courbes binaires mènent à des définitions qui, sur l'alphabet Z/qZ, désignent des notions différentes ; on distingue en particulier la famille des fonctions courbes et la sous-famille des fonctions parfaitement nonlinéaires. C. Carlet et S. Dubuc ont montré qu'une seule des constructions connues de fonctions courbes définit des fonctions parfaitement non-linéaires. Ils ont introduit une nouvelle construction qui est la seule connue à ce jour pour des longueurs impaires. Ces résultats sont rassemblés dans un article présenté à Fifth International Conference on Finite Fields and Applications [38].
Le travail de C. Carlet sur les fonctions hypercourbes se
poursuit maintenant dans l'étude et la construction des fonctions
qui satisfont le plus généralement les critères de propagation
(caractère
PC(
)). Ses
premiers résultats constituent un article invité dans un
volume de Theoretical Computer Science dédié à la
cryptographie [25].
Dans ce cadre, on utilise des fonctions presque
parfaitement non linéaires et presque courbes car
elles assurent une résistance optimale aux cryptanalyses
différentielle et linéaire. Ces propriétés apparaissent également
dans l'étude des suites de longueur maximale puisque les
fonctions puissances (i.e.
x
xd) presque courbes coïncident avec des
couples de suites de longueur maximale dont la corrélation
croisée est optimale.
C. Carlet, P. Charpin et V. Zinoviev ont mené une étude
fondamentale sur ces fonctions, mettant en évidence les liens
avec la classification des codes cycliques de grande dimension.
Ceci permet d'utiliser la ``boîte à outils'' des codes cycliques
dans ce contexte. Ce travail a fait l'objet de plusieurs
conférences et un article est paru dans Designs, Codes and
Cryptography [23]. Une étude complémentaire est menée avec
A. Tietäväinen (cf. 4.1.6).
Il est montré dans [23] que les fonctions presque courbes
correspondent à des codes linéaires dont la distribution des
poids est optimale. Dans le cas des fonctions puissances, ces
codes sont en fait les duaux de certains codes cycliques à deux
zéros. Grâce à cette analogie, A. Canteaut, P. Charpin
et H. Dobbertin ont prouvé que les fonctions presque courbes
sont entièrement caractérisées par la distance duale et la
divisibilité des poids du code qui leur est associée. Ceci leur a
notamment permis de démontrer une conjecture formulée par Welch
en 1968, selon laquelle la fonction
x
x2d, où
d = (m - 1)/2 + 3, est
presque courbe sur
quand
m est impair. Ce résultat est
l'objet d'une note à l'académie des sciences de Paris [21] et sera
publié dans IEEE Transactions on Information Theory
[20].
Ce travail a été présenté à Fast Software Encryption 99 [35]. Un article présentant l'ensemble des résultats obtenus va paraître dans Siam Journal of Discrete Mathematics [22].