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Participants : Laurent Baratchart, José Grimm (Projet SAFIR), Juliette Leblond, Jonathan Partington (univ. Leeds, GB), Fabien Seyfert
Mots-clés : approximation méromorphe, identification fréquentielle, problème extrémal
Le projet travaille depuis plusieurs années à l'élaboration de
modèles de convolution linéaires stables à partir de données
fréquentielles dans une bande passante
et d'un gabarit de référence à l'extérieur de
; la période qui nous occupe a vu un élargissement de
la classe des modèles à des instabilités de dimension finie,
c'est-à-dire à des opérateurs dont le noyau a pour transformée de
Laplace une fonction de transfert méromorphe ayant dans le
demi-plan droit un nombre fini de pôles. On se ramène par
transformation conforme au cas du cercle unité T,
l'intervalle
de l'axe imaginaire
correspondant alors à un arc de cercle K. Les modèles
considérés à ce stade étant de dimension infinie, nous
considérons uniquement le cas scalaire et abordons le problème
composante à composante si le système a plusieurs entrées ou
sorties. Nous nous restreignons donc à l'approximation de
fonctions à valeurs complexes.
Si l'on note
l'espace de Hardy du
disque unité D et
l'ensemble
des fonctions rationnelles possédant moins de N pôles dans
D, l'appartenance de la fonction de transfert à
caractérise par
l'intermédiaire de l'exposant p les propriétés de
stabilité imposées au modèle en terme de gain entrée-sortie,
cependant que N est le nombre maximal de pôles instables
autorisé. On cherche donc une fonction de
, prenant sur K des valeurs proches des données
expérimentales et satisfaisant sur
aux
exigences de gabarit, de sorte que la question s'énonce comme une
généralisation d'un problème de type Adamjan-Arov-Krein
(AAK) :
(P) Soient
,
, K un arc du cercle unité T,
,
et
M>0 ; on cherche une fonction
telle que la norme de la différence
dans
n'excède pas M
et telle que g - f soit de norme minimale
dans
.
Il s'agit là d'une extension au cas méromorphe des
problèmes extrémaux bornés relatifs à l'approximation
analytique (cas où N = 0) étudiés ces dernières années
dans le projet. Rappelons que, pour N = 0 et
, le problème (P) se ramène implicitement
à un problème extrémal classique sur T ; quand
, l'existence et
l'unicité de g (établies il y a déjà longtemps mais à
paraî tre depuis peu) font l'objet d'un article (L. Baratchart
and J. Leblond, Hardy approximation to Lp
functions on subsets of the circle with 1 =< p <
infty, à paraître dans Constructive Approximation.) qui
fournit aussi une caractérisation explicite de la solution si
p=2, et un lien inattendu avec les formules de
reconstruction de Carleman. Toujours pour N = 0, mais
cette fois quand
, nous avions montré
dans [1] (publié cette année
seulement) l'équivalence entre (P) et un problème de
Nehari classique, et conclu ainsi à l'unicité de g lorsque
la fonction concaténée
, qui vaut
f sur K et
sur
, appartient à
. Rappelons aussi que
des schémas de résolution du problème (P) ont été élaborés
et implémentés dans le passé pour N = 0, et p = 2
ou
.
Cette présentation faite, nous décrivons à présent les
résultats obtenus cette année. Pour N=0 et
, une généralisation du théorème de Nehari a été
établie afin résoudre le problème extrémal classique auquel se
ramène (P). Elle exprime la solution en termes d'un
vecteur maximisant d'un opérateur de Hankel non-linéaire pour le
calcul duquel un algorithme de point fixe a été développé. Il est
remarquable que cette généralisation concerne aussi
l'approximation méromorphe (cas où N>0), donnant de la
théorie AAK une version non-linéaire via le principe du
minimax de Ljusternik-Schnirelman. Ceci permet de relier
le problème classique de AAK (
) à celui
de l'approximation rationnelle
et
pourrait ouvrir une voie de recherche de ce fait. Aucun
algorithme n'existe encore cependant si N>0. Ceci
participe de la thèse de F. Seyfert et a donné lieu à une
communication [7]. Un article à
ce sujet est en cours de rédaction.
Très relié au problème (P), et attrayant pour décider
de la validité de l'approximation linéaire dans la bande passante
considérée, se trouve le problème de complétion suivant :
(P') Soient
,
, K un arc du cercle unité T,
,
et
M>0 ; on cherche une fonction
telle que la norme de la différence
dans
n'excède pas M
et que la distance de
à
soit minimale dans
.
Dans le cas
et pour
, les problèmes (P) et (P') ont été
résolus. Une fois établie l'existence, l'unicité et une
caractérisation de la solution de (P) lorsque
sont obtenues via l'équivalence entre ce dernier
et un problème AAK classique, ceci généralisant le cas N =
0. Nous montrons alors comment (P) et (P') sont
reliés entre eux. Ces liens nous permettent de construire une
solution à (P') en résolvant itérativement (P) pour
une famille de fonctions dépendant de paramètres implicites en
les données ainsi que d'établir l'unicité de la solution de
(P'), toujours sous l'hypothèse que
. Ces résultats s'appliquent à des extensions en
données partielles de problèmes d'interpolation du type
Nevanlinna-Pick et Carathéodory-Fejér. Ce travail en
collaboration avec J.-R. Partington a été soumis pour
communication à ECC 97. Un article est en cours de rédaction.
La détermination du gain statique, c'est-à-dire de la valeur à
l'infini de la fonction de transfert, joue un rôle particulier
dans ce contexte. En effet, ce terme de transmission directe
entre l'entrée et la sortie n'est pas localement borné dans la
réponse impulsionnelle d'un système linéaire et rend impossible,
s'il n'est pas nul, l'appartenance de la fonction de transfert à
pour
. Pour identifier cette valeur, importante pour la
qualité de la modélisation, on procède actuellement au cas par
cas, soit que l'on connaisse le terme de transmission pour des
raisons physiques (en particulier lorsqu'il est nul), soit que
l'on ajuste sa valeur pour réduire les oscillations du modèle à
l'infini. C'est typiquement le cas des données concernant des
filtres hyperfréquences que nous a fournies le CNES et dont il
sera question plus loin : les voies de transmission sont
strictement propres pour des raisons physiques (le filtre ne
transmet rien aux hautes fréquences) cependant que les voies de
réflexion restituent les fréquences infinies avec un coefficient
voisin de 1 mais qui n'est pas exactement connu (car il dépend de
pertes occasionnées par des conducteurs que l'on ne mesure pas
parfaitement). Déterminer de manière plus systématique ce gain
statique nécessite soit d'obérer la discontinuité structurelle
des solutions de (P) aux extrémités de K, soit
d'utiliser la convergence faible de ces solutions pour estimer la
moyenne des oscillations à l'infini. Nous avons pour l'instant
considéré la première manière en résolvant le même problème dans
un espace de Hardy-Sobolev. Pour p=2, la théorie se
généralise aisément et l'implémentation, qui s'insère dans la
thèse de F. Seyfert, semble efficace sur les données de filtres
hyperfréquences que nous étudions (cf section 3.1.8 ). Notons pour finir que, dans le
cas fréquent où un système est convenablement approché par un
retard superposé à un transfert
,
la valeur à l'infini stricto sensu n'existe pas puisqu'il
y a un terme singulier dans le facteur intérieur de la fonction
de transfert. Résoudre (P) pour une norme de Hardy-Sobolev
en minimisant en outre sa valeur par rapport à des translations
fréquentielles de f dans la bande passante est une manière
d'aborder la détermination du retard que le projet se propose
d'aborder.